Ami

Ami
au temps pour moi :
peut-être ai-je
perdu le rythme et l’har
monie mais si
j’écris en vers
c’est pour ne pas laisser la tristesse gagner sur touuuuuuuuuuute
la ligne
et monter un dernier bar
rage avant l’infini
ment a
mer
Ami

La faim (Hamsun / Ernstsen)

« Sitôt les yeux ouverts, je me demandais par habitude ancienne si j’avais ce jour quelque motif de réjouissance. »
(la phrase qui suffit, la phrase dure comme la pierre, knut hamsun, la faim, illustré par Martin Ernstsen)

HAMSUN, Knut Auteur, ERNSTSEN, Martin Adaptateur et ROMAND-MONNIER, Céline. Faim. Paris, France : Actes sud – l’An 2, 2020. ISBN 978-2-330-14101-1

C. Demangeot (1974-2021)

Partage depuis longtemps la profonde inquiétude de Cédric Demangeot, et la partage encore ce soir sombre :

« on en a vu un
travailler la terre
Avec des instruments
de musique »

DEMANGEOT, Cédric. Une inquiétude: (1999-2012). Paris, France : Flammarion, 2013. ISBN 978-2-08-128926-0

Ph. Jaccotet (1925-2021)

Je lisais la correspondance entre Philippe Jaccottet et Gustave Roud dans une chambre de bonne vide, à Barbès, en haut d’un immeuble où une phalange de toxicos se relayait pour me foutre les jetons à chaque étage. La correspondance Jaccotet-Roud. Extraordinaire de persévérance et d’émotion, de délicatesse et de désintéressement. Quant à moi je n’étais pas en prise sur le monde, peut-être pas en prise sur moi-même, c’était bien ainsi. Un combat de fourmis dans la lumière et sans espoir.

JACCOTTET, Philippe et ROUD, Gustave. Correspondance: 1942-1976. Paris, France : Gallimard, 2002. ISBN 978-2-07-076257-6

Sonnet avant d’entrer

Et ce sera un « blog » et ce n’aura qu’un temps,
Il y aura des jours avec et des jours sans,
Des jours ? des millénaires… Et j’ai cherché un nom :
« Pantoufles » ? « Butées » ? « Claques » ? « Ragondins » ? « Mes leçons

à l’univers entier »? « Clues » ? « Trous » ? « Vues » ? « Petits feux » ?
« Les sandales en tombèrent des pieds du pontife » ?
ou « Raccourcis » encor ? « Demi-lunes » et « Points »
Je ne trouvais toujours pas le gant à mon poing.

Au yatagan d’un livre tranchant nos tristes temps
et tranchant la syntaxe, le goût, le vers, les phrases,
j’ouïs alors la voix lointaine de Tristan:

une voix jaune et trouble, et de ris mélangée
au hoquet, à l’exil en soi-même étranger,
qui me dit: « plutôt fais bouffer le vieux PÉGASE ! »