Ph. Jaccotet (1925-2021)

Je lisais la correspondance entre Philippe Jaccottet et Gustave Roud dans une chambre de bonne vide, à Barbès, en haut d’un immeuble où une phalange de toxicos se relayait pour me foutre les jetons à chaque étage. La correspondance Jaccotet-Roud. Extraordinaire de persévérance et d’émotion, de délicatesse et de désintéressement. Quant à moi je n’étais pas en prise sur le monde, peut-être pas en prise sur moi-même, c’était bien ainsi. Un combat de fourmis dans la lumière et sans espoir.

JACCOTTET, Philippe et ROUD, Gustave. Correspondance: 1942-1976. Paris, France : Gallimard, 2002. ISBN 978-2-07-076257-6

Sonnet avant d’entrer

Et ce sera un « blog » et ce n’aura qu’un temps,
Il y aura des jours avec et des jours sans,
Des jours ? des millénaires… Et j’ai cherché un nom :
« Pantoufles » ? « Butées » ? « Claques » ? « Ragondins » ? « Mes leçons

à l’univers entier »? « Clues » ? « Trous » ? « Vues » ? « Petits feux » ?
« Les sandales en tombèrent des pieds du pontife » ?
ou « Raccourcis » encor ? « Demi-lunes » et « Points »
Je ne trouvais toujours pas le gant à mon poing.

Au yatagan d’un livre tranchant nos tristes temps
et tranchant la syntaxe, le goût, le vers, les phrases,
j’ouïs alors la voix lointaine de Tristan:

une voix jaune et trouble, et de ris mélangée
au hoquet, à l’exil en soi-même étranger,
qui me dit: « plutôt fais bouffer le vieux PÉGASE ! »