art poétique en 6 secondes et à demain

Il faut casser son joujou, toujours
pour qu’il puisse servir

j’écris depuis cinq secondes et je suis
sur facebook – le talent de mes amis virtuels me désespère
sur wikipédia – que devient Philippe Poupon ?

dix et je suis
sur télérama sur yahoo sur ma cinquième boite mail sur le twitter d’une folle sur les suites d’un débat de société qui fait avancer le débat de société qui fait avancer le débat
sur le direct live d’une mauvaise nouvelle à succès
de victimes par centaines
de tortues défenestrées
d’océans asthmatiques
d’avenir bouché d’avenir noir d’avenir tranché irradié
douze secondes et je suis
irradié à mon tour – le nuage a fait le tour du monde
il faut
casser le joujou toujours
pour qu’il serve
et je suis – collé le cul au skaï de ce fauteuil où il manque un accoudoir
huit secondes encore yahoo – la fille a d’énormes seins c’est la fille du manager d’un type qui coache des épilatrices de stars en devenir
huit secondes chrono top je suis
de retour sur Facebook – ces amis virtuels sont de tels connards
six secondes – qu’est-ce que tu fiches ici
si ça se trouve ils te voient
je descends le fil remonte
l’algorithme tourne
la terre tourne
le sang tourne dans mes artères
tourne vinaigre cette saleté d’art
mon art poétique c’est l’historique d’un navigateur

– non point les voyages du capitaine Cook –
les traces d’un logiciel transmutant en code binaire mes désirs dératés pour les vendre aux siècles des siècles je pense à Mozart
huit secondes
philippe poupon se consacre au futur des générations

traces traces traces d’ours polaires au sahara
traces de sang sur le col du gentil monsieur
qui parlait du gentil gamin
qui a disparu hier sans laisser de
traces traces traces
faudrait casser joujou
faudrait casser le trou
dans l’œil du type pris en selfie
allongé nu sur la tombe de saint john perse

je récupère plus
je récupère
six secondes et me voilà dans lequipe.fr
ouverture du score ouverture du tour du monde
tout s’ouvre
tout se ferme
tout s’ouvre

les fenêtres s’éclipsent l’une l’autre, se chevauchent, se tourmentent, mes synapses ne suivent plus ce que mes doigts commandent du bout du bout du bout du monde
du bout du monde de mes nerfs
je commande à rien qu’un langage en binaire
qui ne veut plus de moi
qui ne veut plus de moi
mon putain d’art poétique
c’est un historique
trace
trace de navigateur dans son slip
je veux dire Tabarly filmé à la barre en direct un saumon lui arrache la tête
twitter s’en empare même même même même
et je suis en train d’écrire ce poème
quand je reçois la vidéo dans un coin
elle dure quarante sept secondes

d’abord le calme lourd des eaux
le plic ploc du bateau
sur tâche d’huile
puis une voix OH MY GOD
je consulte ma quatrième boite mail mon compte bancaire mes notifications trello mes statistiques du jour mon fil facebook la fiche wikipédia d’un boxeur croate, je consulte doctissimo jeuxvideo.com le sorcier Yabata une lame de rasoir sur ma gorge

puis l’ombre dans les eaux
brusquement se transforme
en géant papillon d’écume
un dragon à écailles
bleues rouges bleues
surgit et avant
trois secondes
que t’ait le temps de dire oh my

arrache la tête du navigateur historique
purée je l’ai je coupe
pense à Mozart
putain je l’ai je coupe
j’ai mon art poétique

et je tombe
dans la nuit
trois secondes
cent mille ans
où tout continue d’imprégner les écrans
où tout continue d’imprégner tout
les écrans
les océans
les siècles des siècles

mon crétin d’art poétique
ô dieux impurs protégez-moi
c’est un historique

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