Valls à Pinot

C’était au début du printemps. Déjà exagérément bronzé, Manuel Valls racontait n’importe quoi sur un plateau de bfm télé. Il faisait doux dans le ciel de France. Il était question du maire de Lyon, de vidéosurveillance, etc. Manuel aurait pu tout aussi bien évoquer la courbure du système solaire, ou tout autre sujet, c’eût été selon l’habituel larsen médiatique. Mais l’apparence du type me fit, ce soir, autre chose que seulement peine à voir. Qu’il ait jadis perdu les pédales, soit. Mais il s’enfonçait dans une panique nouvelle, un dérèglement du sens commun qui confinait à l’épure mythologique. Il excédait soudain le grotesque inhérent à la soif de pouvoir. Peu de temps après sur l’Equipe 21 surgissait, christique, le visage de Thibault Pinot en larmes, doublé à moins d’un kilomètre de l’arrivée après une longue cavale solo dans une course de seconde zone. Le souvenir de la tragique 19ème étape du tour de France 2019 revint, avec son abandon dans la montée d’Aussois et la définitive dissipation de son rêve d’être enfin Président.
Le bronzage, comme stigmate d’une lose démesurée, métaphysique: les deux visages se télescopèrent et il m’en vint une chanson. Épiphanie du pouvoir fait misère, de la sueur faite larmes, de la misère faite grâce : puisse-t-elle racheter le crime d’associer le nom d’un beau champion à celui d’un coquin. Une sorte de fraternité secrète des mélancolies les plus capiteuses vous a ce jour-là réunis.
Désolé Thibaut, et respect pour tout.

Ivre

« ivre » est une figure géométrique
on dit « rond » parfois par métaphore
mais « ivre » est plus compliqué
« parfaitement ivre » est impossible à atteindre
on s’approche on tombe
on se rapproche tant qu’on peut
avec toutes nos décimales
mais ce n’est qu’un brouillon
un horizon
pour simplifier auprès des enfants

« ivre » est une forme en miroir
parfaite
au seul risque de ne jamais
apparaître

Rayon shampoing

Des forêts dans la ville
du béton dans les champs
des cercueils dans le ciel
des oiseaux sous la terre
Un sourire dans le magasin
(rayon shampoing)

Des projets dans le passé
des regrets pour demain
Et des chats dans la niche
et des chiens sur les toits
Un sourire dans le magasin
(rayon shampoing)

Un soupir un silence
un silence un shampoing
un shampoing un regard
un départ un soupir
un soupir dans le magasin
(rayon shampoing)

Me plaît

Coming out: chaque rentrée, j’écris des chansons. Je ne sais pas ce qui, de la lumière déclinante ou des cohortes travailleuses, suscite mon brame. En septembre je perds l’ironie, feuille morte. Ni les doigts rouillés, ni mon oreille louche ne me retiennent. Il est temps d’assumer ce tropisme de crooner folk, qui prolonge mes écritures. Je posterai quelques-unes de ces compos, lorsque leur imperfection ou leur bizarrerie me paraîtra propice.

Aujourd’hui, les plaisirs simples : la bible, koh lanta, la forêt.

Dans les marécages

Le principe des Vases communicants : tous les premiers vendredis du mois : échanger ses vidéos, s’emparer des image et de la bande son de l’autre, entrer en dialogue avec… En ajoutant voix off, texte lu / improvisé / écrit sur l’image / sons / musique et diffuser sur sa chaîne YouTube la vidéo de son invité…

La vidéo de Juliette Cortese avec les images de JB Happe : https://youtu.be/WlK4fjCaT5A

et vous viendrez alors

(à Tristan)

et vous adorerez, imbécile caillette
mes vers antipathiques vautrés dans le transat
d’une anthologie noire à souffler les paillettes
oh vous les aiiiiiiimerez, vous qui les méprisâtes

et vous viendrez alors visiter les infects
affects calamiteux de ma lyre, oui, car
vous qui fermez le bar de vos regards select
trouverez quelque ivresse dans mes vers à ricard